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مقالات أكاديمية

مداخلات ندوة بيت الحكمة

تونس 13/ 18 مارس 2006 

                                       محاضرات ألقيت باللغة  العربية


 

Allocution du Président de l’Académie

le Professeur Abdelwahab Bouhdiba

 

 

-              Monsieur le Ministre de la culture et de sauvegarde du patrimoine, Son Excellence Mohamed El-Aziz Ben Achour, et éminent collègue,

-              Monsieur le Président de la Chambre des députés, Son Excellence Fouad Mebazaâ, et cher ami,

-              Monsieur le Directeur général de l’Alecso, Son Excellence Mongi Bousnina, et distingué collègue,

-              Monsieur le Professeur  Abdelhamid Harama Représentant général de l’Isesco,

-              Monsieur le Professeur Jean Mesnard, Membre de l’Académie des sciences morales et politiques de France,

-              Messieurs les Ministres, Messieurs les Ambassadeurs,

-              Honorables invités,

C’est pour moi un honneur et un plaisir, de vous adresser au nom de l’Académie tunisienne « Beït al-Hikma », mes plus vifs remerciements pour votre présence à cette séance inaugurale du Symposium international que nous consacrons à la commémoration du six centième anniversaire, d’Abu al-Walid Abderrahman Ibn Khaldûn, l’un des plus éminents penseurs arabes et des plus illustres symboles de la civilisation universelle.

Organisée en étroite collaboration avec le Ministère de la culture et de la sauvegarde du patrimoine, cette Rencontre répond au désir de Monsieur le Président de la République, Son Excellence Zine El Abidine Ben Ali, qui a recommandé que 2006 soit proclamée « Année d’Ibn Khaldûn » et qui a bien voulu accepter que ce Symposium soit placé sous son haut patronage.

Votre présence et cette grande affluence sont significatives : elles expriment notre admiration pour la personnalité éclairée d’Ibn Khaldûn et pour son œuvre lumineuse, ainsi que notre considération pour son accueillante patrie d’origine qui, n’a cessé depuis lors, et malgré les aléas et les vicissitudes de son histoire, de revendiquer haut et fort le message khaldunien. S’inspirant de sa démarche scientifique et rationaliste pour venir à bout de toutes les difficultés, la Tunisie suit son exemple, non seulement pour comprendre son passé, mais aussi pour bâtir son avenir sur la base de l’action constructive, de l’équilibre social, de l’ouverture intellectuelle et du principe de la dignité.

De nombreuses études ont été consacrées à Ibn Khaldûn, en Orient comme en Occident, mais on ne lui a pas encore accordé tout l’intérêt qu’il mérite. Il y a eu de graves négligences, et pendant trop longtemps. De plus, certains intrus se sont mis de la partie. Jusqu’à maintenant, très peu d’études de valeur lui ont été consacrées, aucune édition scientifique de ses œuvres n’a vu le jour, mais seulement quelques efforts sérieux, sont venus ces dernières années, remplacer les éditions bourrées de fautes par d’autres éditions critiques au vrai sens du mot.

De nos jours, le « Livre des Exemples » (Khitab al-Ibar) et sa « Propédeutique » (Al-Muqaddima) sont plus que jamais d’actualité. Nous y puisons des analyses objectives du passé, une vision lucide du temps présent, malgré ses heurs et ses malheurs, et une vue prospective audacieuse concernant les sociétés universelles.

Tout comme de nombreux musulmans, dont Averroès (qui l’a précédé d’environ deux siècles) et Shatibi, son contemporain, Ibn Khaldûn a entrepris de dépasser la lecture plate des choses pour saisir de l’intérieur les faits, en inventant des clés pour décrypter le réel. Il a montré que l’histoire humaine est loin d’être fortuite et qu’elle ne procède ni d’actes spontanés, ni du caprice du destin. Elle résulte plutôt de la volonté de l’homme, porté lui même par des facteurs sociaux, économiques, politiques et culturels qui ont leurs propres règles et qui pèsent de manière, parfois contradictoire, sur le cours des événements. En tenant compte de ces facteurs, l’homme agit avec perpétuité et  sagesse, et se prémunit contre l’ignorance et les bévues. Comme tous les savants authentiques, Ibn Khaldûn a accompli une véritable mutation en bousculant les méthodes traditionnelles des chroniqueurs de l’époque, axées sur la description et l’exhortation, et il les a remplacées par l’explication des faits selon une logique inédite, dont les secrets ont été élucidés en partie au moins mais pour la première fois dans la longue histoire des hommes. Ce saut qualitatif a permis de comprendre « la rationalité » de l’irrationnel, donnant ainsi toute sa place à une conception dynamique de l’histoire et ouvrant la voie à la compréhension des motivations qui sollicitent les sociétés. Il  a ainsi renouvelé la façon décisive et audacieuse la vision du temps humain qui cesse chez lui d’être une enveloppe vide que l’homme cherche à remplir tant bien que mal pour devenir une énergie capable de déplacer les montagnes, le seule façon pour lui de mettre en valeur toutes ses potentialités et de s’épanouir dans les processus historiques créateurs. Ce qu’il a essayé en vain de traduire en acte parmi ses contemporains. Nous avons aujourd’hui à mettre lumière ses analyses fulgurantes, à emprunter avec lui un chemin fécond et à nous rendre dignes de l’idée qu’il s’était faite de l’homme. Pour la première fois dans l’histoire de la pensée, Ibn Khaldûn a créé une anthropologie universelle dont nous n’avons pas cessé, jusqu’à ce jour, de percer les secrets. En continuité avec les travaux d’Averroès et de Shatibi, il a montré que nous sommes les artisans de notre destin dans les limites assignés certes par Dieu, mais l’homme reste maître de son devenir pour le meilleur et pour le pire ; bref, qu’il est libre de ses actes car ses capacités morales et sa volonté lui permettent de construire sa personnalité et d’édifier sa propre culture. En parallèle, Ibn Khaldûn a ingénieusement démonté le mécanisme des sociétés, montrant que l’esprit de corps (assabia) est le principe moteur de l’Histoire. Bien plus, (et c’est ce qui a échappé à de nombreux chercheurs), il a fondé une véritable méthodologie qui s’attache à saisir les faits au delà de leurs apparences, à les comprendre rationnellement, de l’intérieur, en les rattachant à leurs antécédents et à leurs conséquents. Son œuvre a été une théorisation ingénieuse et ce n’est pas par hasard que ses Prolégomènes ont abouti à l’une des encyclopédies les plus approfondies et les systématiques qu’ait connue notre civilisation.

Tout au long des prochaines journées, nous écouterons près de quatre-vingt dix interventions. Elles s’attacheront à analyser un prestigieux patrimoine intellectuel qu’il nous appartiendra de faire revivre et d’exploiter pour le plus grand profit de notre culture arabe. Nous espérons, ce faisant, pouvoir relever les grands défis du présent. En fait, le message d’Ibn Khaldûn est pour nous très précieux, car il nous incite à assumer nos responsabilités et à faire face aux dangers qui nous guettent aujourd’hui, dangers aussi graves et aussi ambigus que ceux de son époque.

Dans le cadre de cette commémoration, nous avons consacré à la jeunesse un place de choix, en organisant une compétition dans nos établissements scolaires, avec le concours des Ministères de la culture et de l’éducation. Je voudrais dire à ceux et à celles qui ont remporté les prix, et à travers eux, à tous les jeunes de Tunisie. Vous êtes les dépositaires de l’œuvre d’Ibn Khaldûn. Nous espérons que vous continuerez à la servir, car vous êtes le cœur de notre nation. Le Président Ben Ali a fondé sa politique sur le principe de la promotion de la jeunesse. Vous êtes responsables de message khaldunien, basé sur la prééminence de la raison et de l’objectivité.

Je voudrais également adresser mes plus vifs remerciements aux institutions qui nous ont aidé à organiser ce colloque, et en particulier au Ministère de la culture et de la sauvegarde du patrimoine, à l’Unesco et à l’Alecso pour leur généreuse contribution, sans oublier le Ministère de la culture et de l’information du Royaume frère de l’Arabie Saoudite, qui a participé par un don de plusieurs calligraphies de citations extraites de l’œuvre d’Ibn Khaldûn.

Je n’ai garde d’oublier tous  mes collègues de l’Académie qui ont décuplé d’efforts pour assurer le succès de cette rencontre.

Je remercie bien sincèrement mes collègues de Tunisie et des pays frères et amis. Ils ont accepté notre invitation avec un enthousiasme qui augure bien de l’avenir des études khalduniennes. Je leur souhaite un agréable séjour en Tunisie et j’espère que leurs travaux seront couronnés de succès.

Enfin, je vous prie, Monsieur le Ministre, de bien vouloir transmettre à Son Excellence le Président Zine El Abidine Ben Ali nos hommages fervents, ceux de l’Académie « Beït al-Hikma », ceux de tous les participants et ceux des nombreux amis d’Ibn Khaldûn. Je vous prie également de lui faire part de notre gratitude pour sa sollicitude à l’égard du symbole de la pensée arabe éclairée qu’est Abderrahman Ibn Khaldûn, car pour la première fois dans l’histoire arabe, il lui a rendu justice et en a fait un véritable partenaire dans les orientations de la Tunisie nouvelle.         

 

 

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