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LE VOYAGE DE VILLE EN VILLE:
IBN KHALDUN, MARCHAND DE SCIENCE
Gabriel Martinez-Gros
Université de Paris-8
En 1844, le baron de Slane publiait la première traduction
de ce qu'il nomma L'autobiographie d'Ibn Khaldûn. Le contenu
de l'œuvre lui donnait raison, mais l'auteur avait choisi un titre
tout différent: al-Rihla gharbân wa-sharqân, "Le voyage
d'Occident et d'Orient"[1].
Que le voyage résume la vie d'un savant musulman du XIVe
siècle — nous dirions d'un intellectuel — ne surprendra pas. Dès les
premiers siècles musulmans, un système d'enseignement pour
l'essentiel oral, fondé sur la transmission exacte d'une matière
immuable et fragile, et sur la présence physique du maître et du
disciple, avait multiplié les itinéraires savants des assoiffés de
connaissance[2].
Car acquérir un savoir, c'était l'entendre, de la bouche même de
celui qui l'avait reçu en son temps, et dans les mêmes conditions,
d'un maître irréprochable[3].
L’isnâd, chaîne de générations d'enseignants, garants du
vrai, témoigne de l'authenticité séculaire des sciences décisives,
droit, éxégèse, et langue de l'Islam. Les Tabaqât, qui
recensent ces chaînes, font une large place au voyage de ville en
ville et de maître en maître. Plus tard, à partir du XIIe siècle,
quand l'effondrement des califats et la dislocation politique du
monde musulman ne lui laisseront plus d'autre principe d'unité que
sa religion, l'universalité de son savoir et la solidarité de ses
savants paraîtront seules capables de l'incarner encore. Sous la
plume du pèlerin Ibn Jubayr, l'itinéraire se ramène souvent aux
villes, les villes à leurs mosquées, et les mosquées aux maîtres
qu'on y écoute.
Un
curriculum vitae original
C'est bien à ce genre littéraire du recensement des
maîtres (fahrasa)[4],
qu'appartient à première vue la Rihla d'Ibn Khaldûn. Les
premières dizaines de pages évoquent en effet, dans les termes
convenus de la biographie savante, les hommes qui ont compté dans
l'éducation de l'auteur Mais très vite, dès l'adolescence close, le
récit s'écarte du milieu des doctes pour celui des puissants. Comme
le fait remarquer avec justesse A. Chaddadi,
"l'autobiographie
d'Ibn Khaldûn n'est, dans son intention première, qu'une notice
biographique où il a voulu, comme tant d'autres, préciser lui-même
pour la postérité son curriculum vitae. Son originalité
réside dans ses proportions peu communes, mais surtout dans la
dimension historique qui la traverse de bout en bout"[5]
On attendait un
dictionnaire de la science et de ses serviteurs; on a presque une
chronique des princes et de leurs conflits, tels que l'auteur les a
vus traverser sa vie.
Le propos est délibéré, bien sûr, et la conclusion claire.
Si la trame politique se substitue à la litanie des professeurs,
c'est que les vicissitudes du pouvoir, aux yeux d'Ibn Khaldûn, ont
pesé plus lourdement sur sa vie savante que l'héritage reçu
des maîtres.
Comment? Pourquoi lier si étroitement savoir et pouvoir,
en un temps où la plupart des hommes de religion n'apercevaient sans
doute dans la bataille politique qu'un amas confus d'intrigues
sordides et sanglantes, dont la Rihla elle-même ne nous
épargne pas le détail? En fait, le chaînon manquant du raisonnement,
c'est justement la ville.
La ville, luxe de la civilisation
Il faut ici quitter quelques instants la Rihla pour
le grand ouvrage d'Ibn Khaldûn, la Muqaddima, où il définit
les traits constants des sociétés humaines. Ibn Khaldûn y oppose
deux formes fondamentales d'existence: celle des "Bédouins" (badw,
badâwa ), et celle de la sédentarité (hadâra), ou mieux,
et plus simplement, de la ville ( madîna, tamaddun ).
Cette distinction tranchée, qui ignore la division ville/campagne
plus familière à l'Occident, doit suffire à nous mettre en garde
contre le sens que nous prêtons spontanément aux mots. La
"bédouinité" ne désigne pas seulement l'économie pastorale des
régions arides à laquelle nous associons aujourd'hui ce terme, mais
aussi certaines formes d'agriculture:
"Les bédouins ont un genre de vie naturel (ma‘âsh
tabî‘î ): agriculture (falah ) et élevage (qiyâm
‘alâ-l-an‘âm)"[6].
Mais la ville ne méconnaît pas davantage les travaux des
champs. Non seulement Ibn Khaldûn place l'agriculture au premier
rang des métiers citadins, mais il affirme, contre toute
vraisemblance si nous nous en tenons à notre conception de la
ville, que les prix agricoles y sont d'autant plus bas que la
population y est plus nombreuse[7].
La chose s'explique au contraire aisément si on considère que la
majorité de la population citadine est occupée à la production
agricole; et que la ville, selon Ibn Khaldûn, s'étend aux riches
régions cultivées, souvent délimitées par l'extension d'un réseau
d'irrigation, qui enserrent et nourrissent ce que nous avons
coutume d'entendre par "espace urbain"[8].
Mais alors, où passe
la différence entre ville et bédouinité? Dans l'existence, ou non,
d'un superflu. Les bédouins
"s'en tiennent au strict nécessaire (muqtasirûn
‘alâ-l-darûrî)" pour la nourriture, l'habitation, le vêtement
et le reste. Il n'ont rien au-delà d'utile (hâdjî) ou de
perfectionné (kamâlî )"[9].
En revanche, "si les Bédouins améliorent leurs conditions
de vie, et acquièrent plus de richesse et de bien-être qu'ils n'est
nécessaire", ils se laissent gagner par les habitudes de luxe (taraf
) propres à la ville
[10].
"Luxe" comporte une évidente condamnation morale. Elle a
disparu lorsque, quelques centaines de pages plus loin, Ibn Khaldûn
distingue "subsistance" et "profit". L'une et l'autre n'ont d'autre
source que le travail des hommes. Mais on nomme "subsistance" (rizq)
cette part du travail qu'on consomme, et "profit" (kasb )
celle dont on n'use pas directement:
"La succession d'un
défunt est un profit pour lui; on ne peut l'appeler "subsistance"
puisqu'il n'en a pas tiré parti (il ne l’a pas consommée).
Par contre, pour les héritiers, l'héritage est leur subsistance".[11]
La vie bédouine ne connaît que la subsistance. La ville,
grâce à la densité de sa population, à la masse de ses producteurs,
à une division accrue du travail, admet un profit (kasb). Et
ce profit, ce sont les activités de "luxe" dont la ville a seule le
privilège, parce que l'abondance de sa main d'œuvre permet d'y
dégager un surplus de travail, et de l'affecter ailleurs qu'à la
satisfaction des besoins élémentaires qui occupent tous les soins,
et toutes les ressources, du monde bédouin. Parmi ces travaux
inconnus des Bédouins, le commerce, les arts et les métiers —
maçons, menuisiers, tisserands, orfèvres, sages-femmes, médecins,
libraires et copistes —, et enfin, les sciences.
La ville, création politique
La science en effet tient à l'enseignement, art citadin
par excellence[12].
Les savants manifestent le luxe suprême de la vie citadine, et c'est
à eux qu'Ibn Khaldûn consacre le dernier livre de son vaste tableau
des sociétés humaines, engagé avec la vie bédouine.
Si l'une et l'autre
de ces formations sociales sont "naturelles" selon l'auteur, son
propos explicite, tout comme le plan qu'il a choisi, impliquent une
claire hiérarchie. La vie bédouine fut première dans l'histoire
humaine. La ville vint ensuite, avec l'accumulation des hommes et du
travail. La cité est le but du bédouin, parce qu'il lui envie le
superflu dont il est dépourvu, mais surtout parce qu'il peut s'en
emparer. C'est entre l'analyse de la culture bédouine et celle de
la civilisation citadine qu'Ibn Khaldûn place l'essentiel de sa
réflexion sur le pouvoir.
Et pour cause. A ses yeux, tout pouvoir procède,
directement ou indirectement, du monde bédouin, et de ses
solidarités traditionnelles, qu'on dira "tribales" pour faire court.
Lorsque ces solidarités, le plus souvent réduites à des groupes de
quelques centaines d'individus, s'étendent et se généralisent, à
l'appel d'un message religieux par exemple, cette ‘asabiya —
c'est ainsi que l'auteur désigne cet esprit de clan dans son
expansion — balaye sans peine les défenses citadines, qu'aucune
communauté d'intérêts ou de sang d'une telle force ne nourrit[13].
La ville en effet, obéit aux lois de la monarchie, comme la
bédouinité à celles de la tribu. Victorieux, les bédouins s'y
plieront à leur tour, et perdront en quelques générations le sens —
et jusqu'au souvenir — de leur communion originelle.
Mais c'est peu de
dire que la monarchie s'établit dans la ville. En vérité, elle la
conforte toujours, et la crée souvent:
"Pour (la ) construire, il faut un ensemble de
main-d'œuvre et de coopération. Ce n'est pas là une de ces choses
qui sont d'obligation et d'intérêt général, en ce sens que tous les
hommes les désirent et y sont portés de leur gré. En réalité, il
faut qu'ils y soient contraints et forcés. C'est le sceptre royal
qui les y pousse, ou la promesse d'une récompense. Mais ces
encouragements doivent être si considérables que seule une dynastie
(dawla), une monarchie (mulk ) peut les offrir. L'une
et l'autre sont donc indispensables à la construction des cités"[14]
Sans doute aura-t-on reconnu que ces cités sont en fait
des capitales (amsâr ). Tous les exemples qu'Ibn Khaldûn
apporte au secours de sa démonstration — Bagdad, Kairouan, Cordoue,
Le Caire, Mahdiya, Kûfa — confirment cette impression. C'est aussi
que les capitales seules manifestent cette pleine diversité des
métiers, cette division achevée du travail, qui autorise l'éclosion
de la science. Un peu plus loin, Ibn Khaldûn oppose la richesse et
l'assise démographique de Fès, à celles, bien plus réduites, de
Tlemcen, siège de la petite dynastie des ‘Abd al-Wâdides, et plus
encore d'Oran, d'Alger, de Biskra, ou de plus petites bourgades
encore, dépendantes d'un pouvoir lointain
"qui n'ont guère que leur travail pour vivre (...). Leurs
habitants sont gênés, pauvres, indigents, parce que ce travail ne
réussit pas à les faire vivre, et encore moins à leur procurer un
superflu qui puisse se transformer en profit (kasb )"[15]
Ville et commerce
Voilà donc la réponse
à la question que nous posions plus haut. Le lien nécessaire du
politique et de la science est noué par, et dans, la ville, que le
pouvoir fonde, où la science se fonde. Même si la monarchie ne tire
pas la ville du néant, elle est seule capable de précipiter cette
accumulation artificielle du capital et du travail où se reconnaît
la grande métropole, et où fleurissent les sciences. L'inverse se
vérifie aisément. Même s'il arrive qu'une capitale survive à la fin
de l'empire qu'elle exerçait au nom d'une dynastie, le déclin est
tôt ou tard inévitable:
" Comme tout nouveau régime doit effacer la trace de son
prédécesseur, il transfère la population de l'ancienne capitale dans
la sienne (...)Finalement, il ne reste plus dans l'ancienne capitale
que des marchands, des journaliers, des vagabonds, et la populace"[16].
Le sort des savants
est alors scellé:
"(Bagdad, Cordoue, Kairouan, Basra, Kûfa ) étaient
au début de l'Islam des villes peuplées et policées; les sciences y
étaient à l'honneur(...). Mais quand vinrent la décadence et la
dispersion, ce fut aussi la fin de la science et de l'enseignement,
dont la tradition fut transportée ailleurs. Aujourd'hui, science et
enseignement subsistent au Caire, parce que l'Egypte est un pays de
haute culture (...). Ces conditions favorables se sont accrues
depuis deux cents ans sous les Mamelouks, depuis le règne de
Saladin"[17].
La science suit donc
bien la puissance...
Dès lors que la mainmise d'une métropole est consolidée
cependant, elle tire parti d'un autre biais d'"accumulation du
capital" (tanmiyat al-mâl): le commerce. La définition en est
simple, nous dit Ibn Khaldûn: acheter bon marché et vendre cher[18].
Sans doute les fluctuations des cours sont-elles partout fréquentes,
et largement imprévisibles. Il existe toutefois, de l'aveu de
l'auteur, un grand déséquilibre constant, qui suffit à nourrir un
commerce régulier: c'est celui du prix des denrées "nécessaires"
dans les villes d'une part, dans le monde bédouin de l'autre. Dans
le monde bédouin, la faiblesse de la force de travail disponible,
la grossièreté des techniques, font monter les prix; dans les villes
au contraire, l'abondance de main-d'œuvre tend à les abaisser. Ainsi
les voyages les plus fructueux portent les marchands maghrébins vers
les terres les plus clairement bédouines, et les plus difficiles
d'accès: l'Afrique noire, où ils vendent le "nécessaire" (sel ou
tissus), et retirent le "profit" du superflu (esclaves et or)[19].
L'échange accroît donc l'avantage du citadin[20].
Ibn Khaldûn, ou les voies d'un citadin
Armés de ces concepts centraux dans la pensée d'Ibn
Khaldûn, nous pouvons revenir à la Rihla et à l'application
qu'il en fait dans l'examen de sa propre vie. car il y aurait
quelque naïveté à croire, comme on a paru y incliner trop souvent,
qu'un théoricien aussi exigeant ait renoncé à se considérer comme un
objet de sa propre théorie.
Ibn Khaldûn naît en
1332, de parents andalous, à Tunis. S'il y avait alors, au Maghreb,
des villes qu'on pût qualifier de capitales, au sens que nous avons
donné à ce terme, Tunis était, avec Fès, indiscutablement de
celles-là. La dynastie hafside, qui y régnait, tirait sa légitimité
du vieil empire almohade. Une antique culture sédentaire, héritée de
Carthage et de Rome, lui donnait un reste d'avantage sur les régions
bédouines du reste du Maghreb, même si les effets des invasions
arabes hilaliennes ne cessaient d'en diminuer l'importance. Enfin,
depuis le milieu du XIIIe siècle, Ibn Khaldûn en est la preuve
vivante, l'activité y était vivifiée par l'apport des émigrés
andalous, victimes de la Reconquête.
Cette culture
sédentaire et savante encore solide donna au jeune Ibn Khaldûn une
éducation soignée, pour l'essentiel assurée par des maîtres
andalous. Il a seize ans quand le désastre survient, en
1348-1349. L'année précédente déjà, le sultan mérinide de Fès a
occupé Tunis, portant aux Hafsides un coup dont ils ne se relèveront
jamais tout à fait du vivant d'Ibn Khaldûn. Mais surtout, cette
année-là, la Peste noire s'abat sur la ville, y exterminant
littéralement le milieu savant andalou:
"La terrible peste vint attaquer la civilisation en Orient
comme en Occident, et ravagea les nations en emportant une partie de
notre génération. (...) Elle surprit les dynasties vieillissantes,
affaiblit leur puissance, et abrégea leur vie. (...) La
civilisation décrut avec la population; les villes et les villages
se dépeuplèrent, les dynasties et les tribus s'affaiblirent. La
face du monde habité changea. Comme si la voix de l'univers appelait
ce monde à oublier et à se restreindre..."[21].
Et comme pour mettre
le point d'orgue à ce recul de la civilisation, surtout urbaine, la
même année, le sultan mérinide Abû-l-Hasan, maître de la plus
puissante dynastie du Maghreb, dont il semblait en mesure de refaire
l'unité, est écrasé par les tribus des bédouins arabes à Kairouan.
La ville et la monarchie reculent ensemble. Le savant les suit.
L'errance politique
C'est exactement ce que va faire le jeune Ibn Khaldûn.
Abandonnant Tunis dévastée, il gagne Bougie, puis Fès. Il y rejoint
les maîtres qu'il avait pu écouter pendant la brève occupation de la
ville par Abû-l-Hasan, et qui ont survécu à la peste et au naufrage
de l'expédition mérinide[22].
Mais plus fondamentalement encore, il y rejoint le pouvoir
sédentaire, la seule dynastie dont on puisse escompter qu'elle
saura rassembler, dans sa capitale, la masse critique d'hommes et de
travail nécessaire à l'éclosion des sciences.
On a dit Ibn Khaldûn
"intrigant" parce qu'en vingt-cinq ans de carrière (1350-1375
environ), il est passé deux ou trois fois au service de chacun des
quatre ou cinq pouvoirs qui se divisent alors l'Occident musulman.
Mais il a moins trahi ces dynasties qu'elles ne l'ont trahi, en
échouant dans leurs vastes projets impériaux. Jamais son soutien n'a
manqué à une monarchie vigoureuse. Après l'échec d'Abû-l-Hasan
devant les Arabes et la peste, en 1348-1350, Ibn Khaldûn est aux
côtés de ses fils : Abû ‘Inân lorsqu'il reprend Tunis, en 1358, puis
‘Abd al-‘Azîz lorsqu'il engage, en 1367, la reconquête de Tlemcen et
du Maghreb central. Tous deux échouent, et la mort d'‘Abd al-‘Azîz,
en 1372, marque les vrais débuts de la retraite politique d'Ibn
Khaldûn.
Fallait-il chercher
sa voie dans le vieil Andalus? Ibn Khaldûn fut toujours bien reçu à
Grenade, mais le royaume était minuscule, et le vizir Ibn al-Khatîb,
un ami, n'en veillait pas moins jalousement sur ses prérogatives.
Convenait-il de rejoindre les Hafsides, de renouer avec les
fidélités familiales? Tunis était ruinée, mais une principauté
vigoureuse s'édifiait à Bougie, et pouvait espérer rassembler l'est
de l'Afrique du nord. Ibn Khaldûn en devint le vizir, mais son
souverain fut battu et tué par son rival de Constantine. Fallait-il
s'enfoncer davantage dans le monde bédouin pour y saisir les forces
vives de l'avenir? Voici Ibn Khaldûn au service des maîtres de
Tlemcen, concluant pour leur compte de fragiles alliances avec les
tribus arabes qui se vendaient au plus offrant. Les Tlemcéniens
s'acharnaient à conquérir Bougie, pour dominer du moins l'espace
central — le plus pauvre et le plus "bédouin"— du Maghreb. En vain.
Pendant une génération entière (1348-1378), une sorte de malédiction
semble poursuivre tous les projets dynastiques maghrébins, et les
carrières de leurs serviteurs.
Certains, comme Ibn al-Khatîb, y perdront la vie. Ibn
Khaldûn, lui, s'efforcera de comprendre. Sa conclusion, qu'il dira
vingt fois dans la Muqaddima, c'est que la civilisation
urbaine a subi un coup fatal dans un Maghreb où ses racines
manquaient depuis toujours de profondeur. Une démographie ruinée
par la Peste a considérablement élargi l'espace bédouin — pauvre et
faiblement peuplé — et ôté toute chance d'autorité durable à des
dynasties dont les fondations citadines sont trop étroites et trop
clairsemées. Au Maghreb, les solidarités de clan sont fortes, et les
entreprises dynastiques se multiplient, par conséquent. Mais les
villes y sont trop faibles pour que ces entreprises trouvent à
s'épanouir en monarchies stables. Les souverains ne s'y dégagent
jamais de l'emprise des "tribus". Dans une société aussi fruste,
aussi pauvre en hommes et en surplus, la science n'a, semble-t-il,
guère sa place. Or c'est là que va naître l'œuvre d'Ibn Khaldûn.
On connaît le passage célèbre de la Rihla. Forcé de
quitter al-Andalus où il avait trouvé refuge, en butte à la méfiance
ouverte du maître de Tlemcen, qui ne lui pardonne pas son soutien au
dernier soubresaut de l'impérialisme mérinide, Ibn Khaldûn est
sollicité, une fois de plus, d'aller quérir l'indispensable alliance
de tribus arabes:
Je fis mine d'accepter, et je quittai Tlemcen. Parvenu à
al-Batha, je bifurquai à droite, vers Mendès, et gagnai les tribus
des Awlâd ‘Arîf, qui résidaient à l'ouest du mont Guzul. Elle me
reçurent à bras ouverts (...) Je fus bientôt installé, avec ma
famille, à Qala‘at ibn Salâma, dans le pays des Banû Tajîn, que le
sultan avait concédé en fief aux Awlâd ‘Arîf. J'y résidai pendant
quatre ans
[23](...)C'est là que je commençai la
rédaction de mon ouvrage (le Kitâb al-‘Ibar), et que j'en
achevai l'Introduction (Muqaddima). Je la conçus selon un
plan original qui me fut inspiré dans la solitude de cette retraite.
Mon esprit fut pris dans un torrent de mots et d'idées que je
laissai décanter et mûrir pour en recueillir toute la moelle"[24]
On a souvent évoqué l'image, presque romantique, du génie
solitaire reclus sur le rocher de la Qala‘a, pour y écrire, dans
les ténèbres de la barbarie, les pages fulgurantes qui éclairaient
le sens du monde qu'il venait de quitter. Ibn Khaldûn lui-même ne
dément pas cette version, en prêtant à sa retraite bédouine
l'allure du renoncement religieux. Mais comment comprendre ce séjour
à la lumière des conceptions politiques et sociales qu'il devait y
jeter sur le papier? Ou encore: comment la Muqaddima
peut-elle expliquer les conditions de l'écriture de la Muqaddima
?
Une science bédouine?
En principe, la contradiction est totale. La science est
le privilège de la ville, les bédouins sont supposés l'ignorer. Mais
il faut en rappeler la raison: c'est que la science est le fruit de
l'enseignement. Or, l'enseignement est un art dont la qualité
des travaux est garantie, on s'en souvient, par l'isnâd,
c'est-à-dire la chaîne des générations des maîtres du métier. Le
monde bédouin est étranger à cette accumulation, dans le temps et
dans l'espace, de la richesse comme du savoir. La ville seule jouit
du luxe d'une mémoire savante; seule elle sait
transmettre .
Mais telle n'est précisément pas la matière de la
Muqaddima Il n'y a rien là qui soit hérité d'une tradition. Son
auteur y insiste dès l'introduction: les principes de sa réflexion,
que le lecteur verra plus tard jouer dans l'histoire universelle,
sont totalement nouveaux. Si nouveaux qu'Ibn Khaldûn doit leur
donner un nom — science du ‘umrân, de la civilisation, ou de
la vie des hommes en sociétés. « Sociétés » au pluriel, car, pour
la première fois peut-être, toute l'humanité y est convoquée, et le
fait bédouin y reçoit toute sa place. On n'y reconnaît pas
seulement son antériorité naturelle — qu'aucun Arabe ne peut
ignorer—, mais sa puissance fondatrice toujours vivante. La ville ne
touche à la perfection de sa civilisation que sous un pouvoir neuf.
Or, il n'est pas d'autre matrice du pouvoir que le monde bédouin.
La ville est paradoxalement incapable d'engendrer ces rois qui la
distinguent, de sorte que, dans la pensée d'Ibn Khaldûn et dans le
plan de la Muqaddima, la monarchie, née parmi les bédouins
pour régner sur les citadins, semble suspendue entre les deux
cultures, dont elle souligne, parmi les échanges nécessaires, l'un
des plus essentiels et des plus méconnus.
Mais cette méconnaissance ne pouvait être levée qu'au
Maghreb, où la peste et les tribus arabes avaient décharné les
villes et éreinté les monarchies au point d'en faire apparaître
l'ossature bédouine. S'il est vrai que le pouvoir va toujours des
bédouins vers la ville, la compréhension des mécanismes du pouvoir
vient d'un citadin que l'épuisement de son monde oblige à vivre
parmi les bédouins. En somme, il fallait la Qala‘a des Banû Salâma
pour écrire la Muqaddima. C'est du moins ce qu'Ibn Khaldûn
laisse entendre en invoquant "le brusque torrent de mots et d'idées"
qui lui vint soudain dans sa retraite arabe.
Regagner la ville: l'Egypte
Mais l'œuvre achevée, il faut la faire connaître,
l'enseigner. Les villes reprennent leurs droits. Le Maghreb n'en a
plus qui en soit digne, pas même Tunis[25].
Une seule monarchie véritable demeure sur le versant occidental de
l'Islam, et une seule capitale: ce sont les Mamelouks d'Egypte,
vainqueurs un siècle plus tôt des Mongols et des Croisés, et Le
Caire, dont Ibn Khaldûn ne se lassera jamais de célébrer les
grandeurs[26]
Cette science qu'il a fondée, et dont le Maghreb bédouin ne peut
recevoir la semence, il va la porter à la ville. Comme le marchand
qui a bravé le désert pour acheter en Afrique l'or et les esclaves,
mais qui ne trouverait nul profit à les écouler sur place, Ibn
Khaldûn va vendre à l'Egypte, et à la plus solide monarchie de son
temps, la science du pouvoir acquise parmi les bédouins arabes de la
Qala‘a. En octobre 1382, prétextant l'obligation du pèlerinage, il
s'embarque pour Alexandrie. Il a cinquante ans.
Longtemps, l'Egypte ne le décevra pas. Il y arrive l'année
même de la prise du pouvoir par le sultan al-Zâhir Barqûq, qui
dépose la lignée de Qalâwûn, compagnon de Baybars et vainqueur des
Croisés[27].
D'emblée, le sultan comble de faveurs le savant maghrébin: chaire
professorale dans l'une des madrasa-s du Caire, charge de
qâdî malikite, puis direction d'une khânaqa —
établissement d'enseignement supérieur soufi. Pour la
première fois depuis son adolescence à Tunis, Ibn Khaldûn retrouve
l'un des caractères distinctifs d'une capitale véritable: un milieu
savant qui ne se réduit pas au cercle des courtisans. En Egypte,
pour des raisons qu'il explique dans la Muqaddima, les
sultans ayyoubides, et surtout mamelouks, non contents de fonder des
établissements d'enseignement et de prière, les ont richement dotés
de terres exemptes de l'emprise de l'Etat et de la menace de
confiscation[28].
Mais ce calme sédentaire ne dure pas. En 1391 éclate une
grave révolte, au cours de laquelle le sultan Barqûq perdra quelques
mois le pouvoir. Restauré, il se montre impitoyable avec ceux des
hommes de religion qui n'ont pas su dénoncer l'usurpation. Ibn
Khaldûn est de ceux-là. Il perd sa charge de qâdî et la
direction de son établissement. Il retrouvera plus tard la faveur du
souverain, puis, à plusieurs reprises jusqu'à sa mort en 1406, les
fonctions de juge. Mais sa lucidité ne s'y trompe pas. Les
événements de 1391 dépassent les péripéties d'une lutte pour le
pouvoir. C'est, en réalité, la fin d'une dynastie
Déjà, les rentrées se font moins importantes que les
sorties, les revenus fiscaux se révèlent insuffisants pour payer et
entretenir les troupes(...). De plus, ayant abandonné leur rudesse
pour une vie de raffinement, les hommes du gouvernement ont perdu
beaucoup de leur valeur guerrière. C'est à ce moment qu'un de leurs
chefs, soucieux de sauver l'Etat (...), cherchera à s'emparer du
pouvoir, invitant les autres à renoncer à l'opulence"[29]
On l'a compris: c'est le rôle d'al-Zâhir Barqûq.
Restriction des dépenses, mainmise du pouvoir sur toutes les
recettes, Ibn Khaldûn décrit, avec une remarquable justesse, et
presque dans les mêmes termes que l'historien moderne, l'évolution
du régime mamelouk au XVe siècle[30].
Mais ce rétablissement de l'Etat se fait au détriment de la
richesse de la ville, dont les profits sont largement confisqués. La
science en souffre la première. La destitution d'Ibn Khaldûn n'est
pas l'infortune personnelle d'un clerc imprudent. C'est le signe
d'une contraction de la culture urbaine et de la science. En Egypte
aussi, comme au Maghreb, la ville recule. Ici encore, notre auteur
voit jouer sous ses yeux, et à son détriment, les lois de sa science
de la civilisation.
Tamerlan
Logiquement, le recul de la ville, c'est l'avancée du
monde bédouin. La fin de la Rihla le vérifie. Assoupi depuis
un siècle, le péril mongol se réveille brusquement sous l'impulsion
d'un nouveau chef, Tamerlan. En 1398-1399, il a ravagé l’Iraq et
l'Anatolie, réduit Bagdad et Sivas en cendres. L'année suivante, il
attaque la Syrie, possession mamelouke, livre Alep à un sac
mémorable, et assiège Damas. Contre son gré — il a près de
soixante-dix ans —, Ibn Khaldûn doit accompagner l'expédition de
secours égyptienne, qui se retire bientôt sans gloire. Désespérée,
la ville charge les hommes de religion de porter au conquérant sa
capitulation, au moindre prix possible. Ibn Khaldûn est avec eux.
Les voici assis en
silence autour de Tamerlan, à demi plénipotentiaires, à demi
prisonniers, l'esprit paralysé par ces montagnes de têtes coupées
que le conquérant a coutume de faire édifier pour l'exemple de ceux
qui voudraient lui résister. Mais cette fois encore, le commerce du
savoir va sauver notre héros. Tamerlan a appris l'existence de ce
savant maghrébin. Il l'interroge sur les villes de ce pays lointain
dont il a entendu parler, Fès, Ceuta, Tanger, Sijilmâsa..., et dont
il le chargera de coucher par écrit la description. Puis il l'écoute
exposer en quelques mots les principes de sa science de la
civilisation, et sollicite son avis sur des points de tradition
historique.
Double vente, en vérité: celle du savoir du sédentaire
maghrébin au monarque asiatique encore bédouin, d'une remarquable
curiosité intellectuelle, avouera Ibn Khaldûn, et qui semble en
passe d'édifier le plus vaste empire que l'Islam ait connu depuis
cinq siècles; mais aussi vente du patrimoine arabe de l'Islam à ce
Turc qui n'en comprend pas la langue, mais dont la puissance marque
l'irrémédiable suprématie des Bédouins du nord (Turcs et Mongols)
sur ceux du sud (Arabes)[31].
Le profit est mince. Damas sera brûlée. Maigrement doté,
Ibn Khaldûn rejoint péniblement l'Egypte, détroussé en route par des
Arabes nomades que l'insécurité a enhardis. Il vérifiera pourtant
jusqu'au bout les principes de sa science. Après avoir vendu la
connaissance du Maghreb au Mongol Tamerlan, il adresse sa dernière
lettre, sur laquelle se ferme la Rihla, au sultan de Fès. Il
l'y entretient des Mongols, bien sûr, de leur histoire, de leurs
usages si proches de ceux des bédouins arabes d'Afrique du nord. On
comprend mieux l'ampleur que la Rihla accorde aux quelques
semaines passées au camp tatar[32].
Sans doute la peur, la conscience d'un moment rare,
contribuent-elles à l'expliquer. Mais surtout, cette rencontre joue,
dans l'économie de ce commerce savant dont Ibn Khaldûn a créé
théorie et pratique, un rôle symétrique de celui de la retraite à
la Qala‘a et du départ pour l'Orient. Il allait alors enseigner les
lois du Maghreb bédouin à l'Orient citadin. Le déclin de l'Egypte a
inversé la démarche. C'est la ville maghrébine qu'Ibn Khaldûn fait
connaître au chef tatar; et c'est du mode de vie des bédouins
mongols qu'il informe, au contraire, la dernière capitale de
quelque poids du Maghreb, Fès.la mérinide
Mais si le sens de
l'échange s'est retourné, le diagnostic se confirme. Partout,
décidément, la ville recule. Ibn Khaldûn, comme tant d'autres, s'en
lamente. Mais presque seul, il a su en faire l'occasion d'élargir
la connaissance, en jetant les fondations d'un intelligence
réciproque du monde citadin, où il était né, et du monde bédouin,
dont il avait appris les règles, comme le marchand de Fès ou du
Caire devait apprendre celles de l'Afrique subsaharienne pour en
ramener son profit. Peut-être n'est-ce pas attenter au respect
qu'on doit à ce puissant génie que de voir en lui un habile, lucide,
et courageux trafiquant de science.
[1]Titre
restitué par la traduction d'Abderrahman Cheddadi, Paris, 1980,
que nous utiliserons. L'édition complète du texte a été publiée
par Ibn Tâwît al-Tandjî, Le Caire, 1951.
[2]
Sur ces problèmes et d’autres, on consultera H. Touati, Islam
et voyage au Moyen Age, Paris, Seuil, 2000.
[3]Voir,
outre le livre de Houari Touati mentionné dans la note
précédente, l'article classique de G. Vajda, "Idjâza", dans l'Encyclopédie
de l'Islam.
[4]Voir
EI, s. v. "Fahrasa" (C. Pellat)
[5]
A Cheddadi, Le voyage...., Introduction, p. 21. Entendons
ici, par "historique", politique
[6]Muqaddima,
édition al-Dâr al-tunisiya li-l-nashr, Tunis, 1984(=Muqaddima
), I, p. 166; trad Vincent Monteil, Discours sur l'histoire
universelle, Paris, 1978, (Discours ), I, p. 243.
[7]Muqaddima,
II, p. 438; Discours, II, p. 749-750.
[8]Comme
beaucoup d'autres, ce trait n'est pas particulier à Ibn Khaldûn.
On relira à ce propos le livre fondamental d'André Miquel, La
géographie humaine du monde musulman, en particulier le
chapitre qu'il consacre aux campagnes musulmanes, III, p. 87-94.
On y trouvera une description de Boukhara par Ibn Hawqal (p.
88-89) qui inclut d'évidence le ruban irrigué du Zarafshân, et
donne à la "ville" un diamètre de 70 kms...
[9]Muqaddima,
I, p. 166; Discours, p. 243
[10]Muqaddima,
I, p. 165; Discours, I, p. 242
[11]S'il
le consomment, évidemment. Muqaddima, II, p. 460;
Discours, II, p. 784-785
[12]
Cette assertion est incompréhensible si l'on ne garde pas à
l'esprit le lien, évident pour l'Islam classique, entre savoir
et isnâd, comme nous l'avons dit plus haut.
"L'enseignement, comme on l'a vu, est un art (sinâ'a). Or
les arts ne se multiplient que dans les grandes villes (amsâr
). Leur qualité dépend du développement de la civilisation, de
la culture (hadâra ) et du luxe (taraf ), dans les
cités où l'art est un superflu (za’id ‘alâ-l-ma‘âsh ).
Quand les produits du travail dépassent les besoins, l'excédent
est employé à des activités autres que de simple subsistance (mâ
warâ’-l-ma‘âsh ). Ces activités, qui sont le propre de
l'homme, concernent les sciences et les arts.". Muqaddima,
II, p. 526; Discours , II, p. 896
[13]
L'exemple par excellence de cette foudroyante expansion d'une
‘asabiya au détriment de vieilles monarchies sédentaires,
ce sont évidemment les conquêtes arabes du VIIe siècle, au
détriment de Byzance et de la Perse.
[14]Muqaddima,
II, p. 413; Discours, II, p. 709-710.
[15]Muqaddima,
II, p. 436-437; Discours, II, p. 747-748
[16]Muqaddima,
II, p. 453; Discours, II, p. 774
[17]Muqaddima,
II, p. 527; Discours, II, p. 896-897
[18]Muqaddima,
II, p. 475; Discours, II, p. 807-808
[20]Muqaddima,
I, p. 201; Discours, I, p. 301-302 "(Les bédouins) ont
besoin des villes pour le nécessaire, les citadins ont besoin
des Bédouins pour le superflu":
hâjatuhum ilâ-l-amsâr fî-l-darûrî, wa-hâja ahl al-amsâr ilayhim
fî-l-hâjî wa-l-kamâlî.
[21]Muqaddima,
I, p. 63, Discours, I, p. 61-62
[22]Naufrage
au sens propre, puisqu'une partie de la flotte qui ramenait vers
l'ouest la suite du sultan de Fès sombre au large de Bougie.
Nombre de savants, et d'ouvrages, y périrent.
[23]De
1377 à 1381. Ibn Khaldûn a donc entre 45 et 49 années solaires.
[24]Rihla,
p. 228-229; Voyage, p. 141-142. On trouvera dans
l'édition d'Ibn Tâwît al-Tanjî, p. 228, notes 2 et 4, un essai
de localisation des lieux, dans l'Oranie d'aujourd'hui, entre
Tiaret, Relizane et Frenda.
[25]Dont
le roi hafside n'est plus qu'un souverain nomade, sans cesse
guerroyant contre ses provinces révoltées. Rihla, p.
230-233; Voyage,p. 144-147
[26]Rihla,
p. 246-248; Voyage, p. 149.
[27]Barqûq
règnera jusqu'en 1399, et ouvrira la liste des souverains
circassiens de l'histoire mamelouke, qui se prolonge jusqu'aux
Ottomans (1517). Sur l'époque mamelouke, voir la synthèse de
J-C Garcin, Histoire générale de l'Afrique (UNESCO), IV,
p. 405-431, et en particulier p. 423-430 ; et la thèse de Julien
Loiseau, Reconstruire la maison du sultan ; ruine et
recomposition de l’ordre urbain au Caire (1350-1450),
publications de l’Institut Français d’Archéologie Orientale, Le
Caire, sous presse.
[28]En
waqf. Sur les pratiques des sultans égyptiens, et leurs
mobiles, voir Muqaddima, p. 527; Discours, p.
896-897.
[29]Rihla,
p. 314; Voyage, p. 190.
[30]Voir
J-C Garcin, Histoire générale de l'Afrique, loc. cit.
supra (note 26)
[31]J'ai
simplement résumé, dans ce dernier membre de phrase, la pensée
d'Ibn Khaldûn, qu'on retrouvera dans la Rihla, p. 352,
et dans Voyage , p. 216
[32]Environ
un septième du récit de la longue vie d'Ibn Khaldûn.
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